Fusillade au Chemin-Bas : “La police restera tant que nécessaire devant l’école Georges-Bruguier”

Fusillade au Chemin-Bas : "La police restera tant que nécessaire devant l'école Georges-Bruguier"

Une soixantaine de personnes devant la préfecture. MidiLibre – K. H.

La moitié des enfants ne sont pas retournés à l'école et 14 enseignants sur 16 sont en accident du travail, tous traumatisés depuis les tirs à proximité de l'école en plein après-midi  le 8 février dernier.

"Tout ça pour ça !", lancent Alexandra et Soraya, deux mamans dépitées devant la préfecture où elles attendent depuis deux heures ce mercredi après-midi. La directrice de l'école élémentaire Georges-Bruguier sort, aussitôt entourée des parents et des enseignants, à qui elle résume brièvement le contenu de la réunion qui vient de s'achever : la préfecture s'engage à ce que les forces de l'ordre (police nationale, police municipale et gendarmerie) restent présentes tant que cela sera nécessaire aux heures d'entrée et de sortie de l'école pour sécuriser les familles et les enseignants. 

Beaucoup d'attentes

Cette réunion, pilotée par le secrétaire général de la préfecture, associant le directeur académique des services de l'Education nationale, la direction interdépartementale de la police, le conseil départemental, la ville de Nîmes et les directeurs de l'école Bruguier était une étape de travail, après une première réunion qui avait eu lieu en préfecture durant les vacances, mais tous en attendaient beaucoup.

Trop peut-être alors que l'émotion n'est toujours pas retombée après la fusillade du 8 février. "D'autant qu'il y en a eu d'autres depuis", se désole Jérémy, un enseignant de l'école, qui a vu la situation dans le quartier du Chemin-Bas se dégrader depuis une dizaine d'années."Il y a une tension dans le quartier qu'on ne sentait pas avant. Le trafic est aux portes de l'école, les tirs n'arrêtent pas et les enfants qui voient tout de leurs fenêtres nous en parlent tout le temps."

Fusillade au Chemin-Bas : "La police restera tant que nécessaire devant l'école Georges-Bruguier"

Des enseignants très motivés attendaient un signal fort de la préfecture. MidiLibre – K. H.

Des enfants traumatisés

Ce mercredi 6 mars, une soixantaine de personnes s'étaient donc regroupées devant les grilles de la préfecture, parents, enseignants, syndiqués en espérant plus de forces de police ou, carrément, la délocalisation de l'école dans un autre quartier. Johanna, venue avec sa fille de 8 ans "qui ne va plus à l'école car elle a peur" brandit une pétition "qui a déjà recueilli plus de 50 signatures".

Alexandra aussi garde ses enfants à la maison pour ne pas faire quatre fois par jour le trajet jusqu'à l'école "au risque de prendre une balle perdue. Quand il y a un bruit, ma fille hurle et se jette à terre, elle est traumatisée." La semaine dernière, on a tiré à travers la porte d'un appartement. "Les trafiquants sont partout et, surtout, on ne les connaît plus, c'est choquant", glisse Soraya.

Quelle sécurité à l’école Bruguier ?

La préfecture rappelle qu'a déjà été mis en place un renforcement exceptionnel de la présence policière visible, avec notamment la mobilisation d’une unité de force mobile, la conduite de deux opérations « place nette » et la présence à haute fréquence des équipes mobiles académiques de sécurité et de la police municipale. Trente-cinq interpellations ont été réalisées, 4 commandos armés ont été interceptés, et de nombreuses saisies d’armes et de produits stupéfiants ont été opérées sur le secteur. Enfin, des cellules de soutien psychologique ont été ouvertes à l’attention des élèves et enseignants. 

Au cours de la réunion, plusieurs propositions ont été formulées par les chefs d’établissement et ont été discutées : l’attachement unanime à maintenir les écoles au sein du quartier, l’adaptation du bâti scolaire, le renforcement du protocole d’information  en situation de crise, le soutien à la vie associative dans les établissements scolaires et  le partage du diagnostic sécuritaire.

Le quartier se replie

Les enseignants sont inquiets et en colère. "Notre école est un cocon mais autour, c'est le chaos", se désole Isabelle qui a fait toute sa carrière à Georges-Bruguier. "Qu'on nous laisse faire cours ailmleurs, dans un gymnase. Ensemble et en vie !" Laure, sa collègue, enfonce le clou : "La situation s'aggrave horriblement. Le quartier se replie, les rues sont désertes…"

Christophe Bloissier , l'ancien directeur est venu soutenir ses collègues : "Je suis écœuré, dit-il. Les responsables répètent la même chose qu'il y a cinq ans. Si l'école est un symbole, on doit mettre les moyens. J'ai vraiment peur que ça recommence jusqu'à la catastrophe".

"Est-ce que ce sera dissuasif ?"

Alors que la délocalisation de l'école n'a pas du tout été évoquée, le maintien des moyens policiers tant que nécessaire laisse assez sceptique. "De quels moyens parle-t-on ? interroge Jérémy, instituteur de CM1-CM2. Est-ce que ce sera dissuasif ?" Les enseignants en arrêt de travail discutent entre eux : reprendre ou pas et quand ? "Ce qui a été proposé me semble correct", glisse la directrice. Avec la présence policière, le trafic s'est déjà décalé de quelques dizaines de mètres, vers le centre André-Malraux. "Du coup, les cours de théâtre à 18h n'y sont plus assurés. On tourne en rond", lâche une maman.'

Alexandra, elle, a tranché : "Je vais remettre ma fille à l'école lundi mais la rentrée prochaine je la change d'école. C'est trop compliqué ici, le trafic ne s'arrêtera jamais…"

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