“Hyperpop et sorcellerie” : à Sète, la chapelle du Quartier Haut accueille la nouvelle expo du collectif Monstera

Lors du vernissage de l’exposition, ce jeudi 10 octobre dernier. - DR

Joyeusement diabolique et farouchement politique, à Sète, la nouvelle expo du collectif Monstera fait rentrer la sorcière dans la chapelle du Quartier Haut.

Hyperpop. Voilà le substantif qui vient à l’esprit lorsqu’on découvre l’affiche (signée Nicol Perez) de l’expo collective actuellement présentée à la chapelle du Quartier Haut. Avec sa typographie dégoulinante qui n’est pas sans rappeler celle de l’excellent dernier album de la regrettée SOPHIE, le collectif Monstera frappe fort d’entrée. Telle une giclée de moutarde pop sur une nappe à carreaux façon supports/surfaces, les artistes semblent avoir gobé puis recraché d’un seul coup tous les sous courants esthétiques de ces dernières années. De la vapor-wave à l’aesthetic en passant par le glitch : l’effet de saturation induit par nos industries culturelles ne cesse d’alimenter leur propre critique et donne l’impression d’une scène contemporaine toujours au bord de la syncope.

Sabbat postmoderne

Chez Monstera, collectif 100 % féminin composé de Delphine Dénéréaz, Léna Gayaud, Bridget Low et Opale Mirman, cette critique fait un détour par "l’espace domestique" et convoque l’imaginaire de la sorcellerie pour mieux dévoiler les formes d’oppressions quotidiennes. Le titre de l’exposition (C’est la dernière louche qui lèche une mouche sur ta bouche), évoque d’ailleurs une sorte de formule magique cryptoféministe capable révéler les formes de domination du patriarcat. On sait, depuis quelques années déjà, à quel point la figure de la sorcière inspire l’imaginaire des nouvelles luttes féministes.

Cette néosorcellerie, qui puise autant dans l’histoire de sa violente répression au Moyen-Âge que dans les potentiels émancipateurs de sa sororité intrinsèque, Monstera la déploie habilement dans tout l’espace de cette chapelle désacralisée. Artistes protéiformes se revendiquant de "techniques artisanales" (céramique, art du textile et pourquoi pas peinture), elles hybrident actes occultes et acte de création, mélangent artefacts fantasmagoriques et contemporains, dans une sorte de grand bouillon esthético-magique servit au cours d’un sabbat postmoderne.

Monde sous tension

Car l’ensemble de la proposition est structuré autour d’une pièce monumentale, sorte de banquet diabolique tout droit sortie d’une histoire de sorcière, où l’on retrouve toute la quincaillerie fantastique (chaudrons aux formes torturées, cuillère simili os ou encore chandelier maléfique) usuelle à ces récits. Figurant une sorte de serpent anthropomorphe sinuant entre les registres narratifs (conte pour enfants faussement naïfs ou fiction politique faussement authentique), l’œuvre distille une approche d’un monde sous tension, qui n’est pas un "monde apaisé". Une perspective plutôt sombre en somme, qui ne doit pourtant pas cacher l’aspect lumineux de cette exposition généreuse, dont la force magique est justement d’éclairer avec malice les ténèbres dans lesquelles nous plonge le contemporain.

"C’est la dernière louche qui lèche une mouche sur ta bouche du collectif Monstero", jusqu’au 10 novembre à la chapelle du Quartier Haut, à Sète. Entrée libre.

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