“Il y avait du sang partout” : un Montpelliérain écroué après la mort de Noellie, 22 ans, tuée de 30 coups de couteau à Clapiers
Les scellés ont été apposés sur la porte d’entrée de l’appartement de la jeune victime. Midi Libre - JEAN-MICHEL MART
Le jeune homme a été mis en examen lundi soir pour "meurtre par conjoint" et placé sous mandat de dépôt à la prison de Villeneuve-les-Maguelone. Les gendarmes cherchent à comprendre cet épouvantable déchaînement de violence.
"Quand je suis ressorti vers minuit, la porte de son appartement était ouverte, il y avait le Samu, les pompiers. Elle était au sol, sur le dos, il y avait du sang partout, ils lui faisaient un massage cardiaque. C’est vraiment des images difficiles à oublier." Quatre jours après le meurtre, dans la nuit de vendredi à samedi de Noellie, une jeune femme de 22 ans, cet habitant de la résidence Tonga, à Clapiers, est encore sous le choc de ce crime aussi violent qu’incompréhensible.
Inconnu jusqu'ici de la justice
Ce lundi 29 juillet, Anderson, 28 ans, un Montpelliérain jusqu’ici inconnu de la justice, et qui travaillait, comme elle, en tant qu’auxiliaire de vie, a été mis en examen pour "meurtre sur conjoint", et incarcéré à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone. Et depuis, les gendarmes de la brigade de Jacou-Clapiers, au nord de Montpellier, continuent à enquêter pour comprendre comment on en est arrivés à cette sauvagerie-là : l’autopsie a établi que la victime a reçu une trentaine de coups de couteau.
Les deux jeunes gens s’étaient connus dans le cadre de leur travail, et avaient commencé à se fréquenter depuis quelques semaines, amicalement à coup sûr, et peut-être de façon plus amoureuse, sans que cela soit formellement établi à l’heure actuelle.
Une crise d'angoisse après avoir fumé un joint
Selon le récit qu’il en a fait aux gendarmes et au magistrat, Anderson se serait rendu vendredi soir chez Noellie, où il devait passer la soirée et sans doute la nuit. "Il raconte qu’elle lui aurait proposé de fumer un joint, alors qu’il n’aurait jamais consommé de cannabis avant" raconte une source proche de l’enquête. En milieu de soirée, il dit s’être senti mal, avoir été pris d’une crise d’angoisse, et avoir appelé les secours, "en expliquant qu’il avait l’impression de mourir".
Un grand couteau de cuisine
L’existence de cet appel a bien été confirmée par les investigations. Noellie, dit-il, lui aurait demandé de raccrocher : c’est là que selon lui tout bascule, et qu’il se déchaîne sur la victime, après avoir pris un grand couteau dans la cuisine.
Après le crime, le jeune homme a de nouveau appelé les secours : la nature de la conversation a convaincu l’opérateur de prévenir la gendarmerie, son interlocuteur évoquant le fait d’avoir tué une femme. Cruelle ironie du sort : la gendarmerie de Clapiers-Jacou est presque contiguë au lieu du crime, la résidence n’étant séparée que par une petite rue du siège des forces de l’ordre.
Le suspect, qui avait fui à l’arrivée des enquêteurs, a d’ailleurs longé ce bâtiment et est passé devant le portail quelques minutes à peine avant l’arrivée des premiers secours et des patrouilles. Il était malheureusement trop tard pour sauver la victime.
Il réapparaît samedi sur les lieux du crime
Alors que des premières recherches étaient lancées rapidement dans sa famille et aux abords de la résidence, le jeune homme est revenu samedi vers midi sur les lieux du crime, où les gendarmes, qui effectuaient les constatations techniques et l’enquête de voisinage l’ont interpellé. Était-il venu se rendre, comme il l’a affirmé, ou venait-il dissimuler d’éventuels indices ? L’enquête devra le déterminer.
En fin de journée en tout cas, encadré par les enquêteurs, le meurtrier est apparu au rond-point de Jacou, tout proche.
Le couteau caché dans un buisson près du rond-point
"C’est un très jeune homme à la peau mate, assez fin, qui avait l’air impassible et baillait beaucoup" raconte un commerçant qui a assisté à la scène. Ils ont fouillé assez longtemps dans les buissons près de l’arrêt de bus et au bout d’un moment ils ont trouvé un couteau assez grand, d’une vingtaine de centimètres, et ils le lui ont montré : il a fait oui de la tête, et ils ont mis l’arme dans une enveloppe."
Il semble qu’un téléphone, qu’il aurait jeté là dans sa fuite après le crime a également été découvert à ce moment-là.
"D'importants problèmes de santé dans son enfance"
"Sa famille est parfaitement consciente de la douleur de la famille de la victime, et ils sont eux-mêmes complètement effondrés" indique Me David Mendel, qui défend le jeune homme incarcéré lundi soir. "C’est un garçon qui a eu d’importants problèmes de santé dans son enfance, et notamment des difficultés psychiatriques avérées, avec des suivis médicaux. Je pense qu’il y a une dimension psychiatrique dans cet épouvantable et inexplicable acte de violence. Il n’a aucun passé judiciaire, il n’y a aucune connotation sexuelle dans ce crime."
Seul bémol pour l’avocat : la qualification de meurtre par conjoint, soit celle d’un féminicide. "Ils n’étaient pas en concubinage, ce n’était pas un couple installé, il n’y avait pas de violences conjugales ou de situation de rupture." L’avocat espère désormais que l’expertise du psychologue et du psychiatre donnent des clés pour expliquer ce terrible meurtre. "Même si on ne la connaissait pas, ça fait pitié pour elle" reconnaît, bouleversé, un voisin de Noellie.
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