L’angoisse des acteurs culturels après l’arrêt du prêt de matériel par le Département de l’Hérault

L’angoisse des acteurs culturels après l’arrêt du prêt de matériel par le Département de l'Hérault

La Zone artistique temporaire d’Antigone, en 2022, un énorme succès qui n’aura pas de suite cette année. ML – Giacomo Italiano

Le Département se dit contraint de stopper le prêt de matériel scénique à compter du 1er octobre. Une nouvelle qui plonge tout un secteur, dépendant de cette aide, dans la détresse.

"Certains ont pensé que c’était un poisson d’avril, d’autres étaient persuadés que le site internet du Département avait été piraté !" Cet acteur culturel résume bien la stupéfaction qui s’est emparée de tous ceux qui bénéficient du dispositif Hérault Matériel Scénique (HMS), en découvrant le message sur le site internet (lire ci-dessous).

Mais il a fallu se rendre à l’évidence. HMS, qui permet le prêt de matériel technique (lumière, scène et structure, sonorisation, électricité) par le Département à des acteurs culturels pour l’organisation de spectacles vivants, va bel et bien s’arrêter le 1er octobre, après dix-huit ans de service.

“Pour éviter tout contentieux”

"Le Département de l’Hérault a pris la décision de mettre fin au prêt de matériel technique et scénique aux bénéfices d’un tiers à compter d’avril 2024."

Le 2 avril, le Département annonçait l’arrêt immédiat et sans préavis d’Hérault Matériel Scénique (HMS), un dispositif vital pour des centaines de structures culturelles. La panique s’emparait du secteur culturel. Quelques jours après, la collectivité repoussait l’arrêt du dispositif au 1er octobre.

Le conseil départemental se justifiait dans un communiqué laconique sur son site : "Nous avons été interpellés sur nos pratiques dans l’illégalité de nos prêts de matériels, en référence à l’article L 2222-7 du Code général de la propriété des personnes publiques (qui stipule que) les opérations de mise à disposition ou de location ne peuvent être réalisées ni à titre gratuit, ni à un prix inférieur à la valeur locative, écrit la collectivité. En conséquence, il a été décidé d’arrêter le dispositif HMS au 1er octobre 2024 afin d’éviter tout contentieux."

Il nous a été précisé que ce report visait à "permettre aux évènements de l’été de se dérouler avec le soutien du Département."

Des loueurs de matériel ont-ils porté plainte pour concurrence déloyale ? Selon le conseil départemental, "la responsabilité personnelle et pénale du président peut être engagée".

Celui-ci devrait informer les bénéficiaires de HMS de la problématique juridique. Une réunion interne est aussi prévue afin de trouver une solution. En l’absence d’explications détaillées, le monde de la culture est dans l’expectative. Des élus du Département se sont déjà élevés contre cette décision. "Si l’arrêt de HMS est confirmé, il sera vital de le remplacer", témoigne l’un d’entre eux.

"Les premières victimes seront les artistes et techniciens amateurs, surtout ceux qui évoluent dans le monde rural, déplore Claire Engel, du Synavi (Syndicat national des arts vivants, qui rassemble surtout des compagnies indépendantes). Ces prêts ne sont pas gratuits car ils sont budgétisés et font l’objet de conventions. Il s’agit du service public de la culture."

Dans l’Hérault, en 2022, 350 acteurs culturels ont bénéficié de ce service, rassemblant plus de 400 000 spectateurs pour un coût supérieur à 1,5 M€.

Nicolas Dubourg : “L’arrêt d’HMS n’avait jamais été évoqué”

Nicolas Dubourg préside le Syndeac (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles) et dirige le théâtre de la Vignette, à Montpellier.

Que vous inspire cette nouvelle ?

C’est juste incroyable. Un possible arrêt de HMS n’avait jamais été évoqué, et nous n’avons même pas été prévenus. Je vais me rapprocher de notre service juridique et demander à être reçu au conseil départemental.

Quelles seront les répercussions ?

Beaucoup d’acteurs culturels ne peuvent tout simplement rien programmer sans HMS. Parce que ce sont des petites structures, parce qu’elles sont encore récentes ou parce qu’elles travaillent sur un festival de quinze jours et qu’elles n’ont donc aucun intérêt à investir pour faire dormir leur matériel les onze autres mois.

Quel recours auront-elles ?

Louer un projecteur, c’est 2 000 € la journée. Et un pack pour un petit spectacle, c’est plus de 5 000 €. Sans HMS, elles ne pourront pas bénéficier de matériel. Ou alors elles devront vendre un spectacle 7 000 €, au lieu de 2000€ actuellement, ce qui est impossible.

Quelles structures seront les plus touchées ?

Celles qui sont les plus précaires et les moins lucratives. Cela va nuire à la diversité culturelle.

"Nous avons recours à HMS de quinze à vingt fois par an car nous accompagnons des spectacles vivants dans l’espace public, et ce dans de nombreuses communes de la Métropoles, témoigne Marie Antunes, directrice de L’Atelline, scène conventionnée d’intérêt national, à Juvignac, et adhérente du Syndeac. Pour la programmation de la rentrée, je n’ai pas de solution à l’heure actuelle."

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’acteurs culturels ont fait part de leur détresse. « Des événements culturels gratuits en plein air, comme celui du Festival de la Grande Parade Métèque, et de nombreux autres, disparaîtront sans HMS », explique l’association montpelliéraine Ademass.

Une pétition lancée par un collectif

Face à "la fermeture brutale" du dispositif de "service public" HMS (Hérault Matériel Scénique), les structures culturelles de l’Hérault ont constitué un collectif de 130 acteurs culturels (artistes, compagnies, festivals, théâtres, régisseurs, bureaux de production…).

Ce collectif a lancé une pétition le 7 avril, qui a rassemblé 1 500 signatures en trois jours et sera à terme adressée au président du Département, Kleber Mesquida.

"HMS met à disposition du matériel technique et scénique pour plus de 400 structures, associations et collectivités territoriales, pour l’organisation de leurs évènements culturels (+ de 400 000 spectateurs)", explique le collectif.

"Ce soutien du Département, sous la forme de subvention matérielle, a permis au fil des années, de faire grandir et rayonner un grand nombre de manifestations. La conjoncture économique étant déjà catastrophique dans nos métiers, nous sommes très inquiets quant aux conséquences majeures de cette décision sur la vie culturelle locale. En effet, de nombreux emplois dépendant de ce service (techniciens, administrateurs et artistes du spectacle vivant, fournisseurs extérieurs, etc), seront fortement impactés."

Pétition : www.change.org/p/sauvons-herault-materiel-scenique-34

"Le Département se retire de tous les dispositifs"

"Depuis trois ans, le Département, qui était le premier soutien du monde culturel, se retire de tous les dispositifs, alertent Claire Engel, Patrice Soletti et Cécile Marc. En 2021, il arrêtait l’opération Collèges en tournée, qui permettait à des élèves d’assister à la création d’une pièce de théâtre avec une compagnie. Puis ils ont transféré les Actions éducatives territoriales sur le Pass culture en 2022."

"En janvier dernier, il ont mis fin aux résidences de compagnies au Théâtre d’O, ainsi qu’au dispositif 34 tours (consistant à accompagner de jeunes groupes de musique par des artistes professionnels)", rappelle le Mouvement unitaire Languedoc-Roussillon, Culture en danger. Qui conclut par une phrase sans appel : "Le désengagement politique des élus ne manquera pas de faire le lit de l’extrême droite."

Il n’y aura pas de ZAT cette année

Il n’y aura pas de ZAT (Zone artistique temporaire) cette année. La Ville a décidé de faire l’impasse sur l’édition 2024.

Si la nouvelle a d’abord étonné, c’est parce que c’est Michaël Delafosse, alors adjoint à la culture d’Hélène Mandroux, qui avait lancé le concept en 2010. Il s’agissait d’investir l’espace public à travers l’expression artistique, en lien avec les résidents du quartier. Deux ZAT étaient alors programmées par an, avant que le concept ne perde peu à peu son sens originel. Élu maire, Michaël Delafosse avait relancé le programme en 2022. Il avait attiré plus de 80 000 spectateurs à Antigone.

La ZAT organisée le 21 décembre dernier n’avait pas grand-chose à voir. Organisée dans le cœur de ville, elle était en effet destinée à célébrer la gratuité des transports.

"Organiser une ZAT, c’est un an de travail et un budget de 700 000 €, rappelle l’adjointe à la culture, Agnès Robin. On espère reconduire la manifestation en 2025 mais nous n’avons aucune visibilité en raison de fortes contraintes financières."

Elle cite notamment "le coût élevé de l’énergie et les taux d’investissement élevés qui pèsent d’autant plus que nous investissons beaucoup."

Malgré "le taux d’endettement raisonnable de la Ville", la ZAT est la seule manifestation culturelle à avoir fait les frais de ce contexte.

"Nous avons préféré axer nos efforts sur l’extension du cinéma Nestor-Burma pour renforcer l’accueil des jeunes publics, la construction du centre d’art pour les 0-6 ans (aux Échelles de la ville), les nouvelles Archives municipales qui deviendront un lieu culturel pour porter la mémoire de Montpellier, la prochaine Fête de la musique dont le budget et le programme ont été étoffés…"

Et Agnès Robin de conclure en rappelant que "le budget global des structures associatives a été maintenu et même augmenté si l’on tient compte du million d’euros investi pour moitiés dans la culture et le sport, afin d’investir dans des équipements en lien avec le développement durable".

En attendant un hypothétique retour des ZAT, la compagnie mexicaine Foco al Aire présentera Lostheultramar, "déambulation hypnotique se transformant en bal joyeux". Rendez-vous samedi 27 avril à 12 h et 16 h au parc Font-Colombe, dans le cadre du festival Agripartie des Bouisses, et dimanche 28 à 12 h et 16 h au bassin Jacques-Cœur, dans le cadre de Bouge ton quartier.

L’Opéra orchestre en déficit mais “pas en danger”

Lors du dernier conseil de métropole, le 2 avril, Bernard Travier, ex-vice-président à la culture de la Métropole, avait annoncé sa démission du conseil d’administration de l’Opéra Orchestre National Montpellier (OONM). Il avait critiqué le fonctionnement de l’institution et alerté sur la situation critique des finances. Des propos réitérés et développés dans une interview qu’il nous avait accordés (notre édition du 7 avril).

"Je n’ai aucune animosité envers M. Travier mais il a dit beaucoup de contre-vérités, répond Éric Penso, qui lui a succédé en tant que vice-président à la culture de la Métropole. Il y a certes une procédure d’alerte lancée par le commissaire aux comptes mais, comme de nombreux opéras. Le déficit cumulé prévisible à la fin de l’exercice 2024 n’est pas de 1,40 M€, comme il l’avance, mais de 1 M€. Nous travaillons d’ailleurs pour un budget 2024 à l’équilibre. La subvention de 500 000 € de la Métropole n’est pas exceptionnelle car elle sera pérennisée. Et c’est aussi pour faire des économies que nous travaillons sur un rapprochement entre le Centre chorégraphique national et Montpellier Danse."

"Il va falloir s’atteler à travailler autrement"

Sur les 3 M€ de loyer versés chaque année pour la location du Corum, "c’était déjà le cas quand mon prédécesseur était aux affaires, répond Éric Penso. Et quand il dit qu’un EPCC (Établissement public de coopération culturelle) serait plus adapté qu’une association, je rappelle quand même que M. Travier et M. Saurel avaient suspendu le projet d’EPCC à l’époque."

Le vice-président à la culture précise "qu’Opéra Junior est intégré à l’Orchestre national depuis 2013, qu’un chef principal (et non un directeur musical) sera nommé prochainement, et que la présidence (par intérim) assurée depuis plus d’un an par Bernard Serrou fonctionne bien."

Éric Penso ne nie pas l’existence de problèmes. "Il y a des soucis de structure et il va falloir s’atteler à travailler autrement. Nous mettons en œuvre un secrétariat général comme l’a recommandé le rapport indépendant réalisé par Laurent Bayle." Et de conclure : "La culture reste plus que jamais une priorité de la Métropole."

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