Mourad Merzouki, grand invité vedette de Montpellier Danse : “Revenir à l’essentiel, au corps et à la fête !”

Mourad Merzouki, grand invité vedette de Montpellier Danse : "Revenir à l'essentiel, au corps et à la fête !"

Le chorégraphe Mourad Merzouki est invité pour la 24e fois par Montpellier Danse : une fidélité proprement exceptionnelle, et un public toujours conquis. Julie Cherki

Figure essentielle de la danse hip-hop depuis les années 1990, Mourad Merzouki est invité pour la 24e fois à Montpellier Danse ! Il donne à guichets fermés du 13 au 16 février à l'opéra Berlioz, "Zéphyr", sa dernière création, un corps à corps avec le vent pour dix danseurs. Il reviendra en juin en résidence à Scène de Bayssan, à Béziers, où il donnera "Beauséjour" le 29 juin. Mais ce n'est pas tout : il est aussi très impliqué dans les Jeux Olympiques ! 

Après avoir confronté votre danse au virtuel, à la verticalité, au baroque, vous la mettez avec "Zéphyr" face au vent !

Tout à fait. C'est lié au Vendée Globes, la course à la voile, autour du monde, en solitaire et sans escale ni assistance. On m'a sollicité pour imaginer un spectacle qui fasse écho avec ce rendez-vous exceptionnel. J'ai accepté car j'y ai vu une manière de lier le sport, la danse, le monde de la mer…

N'est-ce pas le point commun de toutes vos créations que d'aller ainsi chercher à dialoguer avec d'autres formes ?

Oui, c'est même un principe quasiment fondateur. J'ai toujours eu à coeur de me renouveler dans mes créations, de proposer chaque fois quelque chose de différent. Et la meilleure façon de ne pas être dans la redite, c'est de sortir de sa zone de confort et s'aventurer dans des univers que l'on ne connaît pas encore !

En convoquant le vent au plateau, c'est bien sûr aussi la mer, son imaginaire, sa réalité, qui s'invite !

Bien sûr, je me suis inspiré du milieu marin, la scénographie ressemble à une coque de bateau, on retrouve également l'image de la voile… Toutefois, j'aime que le spectateur  puisse se faire sa propre histoire, qu'il s'autorise se laisser porter, qu'il s'approprie sans contrainte ce que je lui propose.

C'est du reste là aussi une constante dans votre travail : vous préférez la suggestion à la narration…

C'est ça. Parce que je pense que je ne saurais pas faire, tout simplement. J'aime bien travailler sur de l'image, du tableau… Cela me laisse davantage de liberté, sans m'enfermer dans un propos.

Mourad Merzouki, grand invité vedette de Montpellier Danse : "Revenir à l'essentiel, au corps et à la fête !"

Dix danseurs au plateau dans un corps à corps avec le vent sur des musiques d'Armand Amar. Laurent Philippe

Comment la musique (pour la quatrième fois, signée par Armand Amar) intervient-elle dans ce processus ? 

Oui, Armand Amar devient un fidèle dans mon travail. Ce qu'il y a de plaisant chez lui, c'est que son travail est très cinématographique, et qu'il vient sublimer l'image de danse que l'on suscite au plateau. En fait, cela fonctionne par allers-retours : parfois la musique vient influencer la danse, parfois la danse suggère la composition.

En outre, il partage avec vous le goût de tous les langages et le refus des frontières…

Oui, le principe des musiques d'Armand Amar est d'être des musiques du monde, vraiment, qui s'inspirent du reste du monde. C'est ce que je trouve très intéressant dans son approche.

Vous reviendrez en juin à Béziers pour une résidence et pour présenter "Beauséjour", en avant-première avant les Nuits de Fourvière. Que pouvez-vous nous en dire ?

C'est ma prochaine grande création, ou en tout cas mon prochain gros rendez-vous avec le public. C'est une pièce pour quatorze danseurs. Il y aura du monde au plateau, et c'est un vrai bonheur pour moi. Avec Beauséjour, je vais traiter du corps vieillissant. J'ai 50 ans maintenant, alors je m'interroge forcément sur la manière dont on évolue dans la danse passé un certain âge. Avec bien sûr légèreté, et un certain décalage, je veux proposer au spectateur quelque chose avec des corps qui ne sont plus tout jeunes.

En parallèle, il y a la "Danse des jeux" que vous avez dévoilée à l'occasion du dernier Téléthon…

Je travaille depuis un an et demi sur ce projet que l'on va retrouver sur les Jeux olympiques et paralympiques. Je suis extrêmement heureux de pouvoir proposer une danse qui, je l'espère, sera dansée par le plus grand nombre. L'idée c'est à travers elle, de rapprocher la danse et le sport, de rappeler l'importance du corps, et correspondre au plus près à l'esprit des JO, ce rendez-vous de partage, de dépassement… 

Concrètement comment se prépare-t-elle ? Via les tutoriels sur le site generation.paris2024.org  ?

Oui, depuis la rentrée de septembre, elle est apprise dans les écoles de France mais aussi à l'étranger. Au moment où je vous parle je suis en Espagne où nous avons transmis cette danse aux enseignants de différentes villes. On sent que la Danse de jeux commence à devenir virale, c'est formidable. Un vrai bonheur pour moi. C'est une tellement belle manière de dire au monde l'importance d'être ensemble, de faire ensemble, de revenir à l'essentiel, au corps et à la fête !

Vous êtes également le chorégraphe du programme libre de l'équipe de France de natation artistique ?

C'est un autre challenge, formidable, qui m'amène à envisager la chorégraphie autrement. Il s'agit pour le coup de chorégraphier essentiellement le haut du corps, les nageuses évoluant dans un bassin de 3 m de profondeur. C'est un exercice qui n'est pas évident mais un défi passionnant. On est dans la dernière ligne droite, ça prend forme. Ce sont de grandes nageuses mais aussi des danseurs, elles ont l'habitude de travailler sur des musiques, des mouvements extrêmement précis. Mon objectif est de les bousculer, les emmener ailleurs, dans une autre énergie, une autre manière de se mouvoir.

Cela fait écho un peu à "Zéphyr", non ?

Oui, d'une certaine manière. Je disais tout à l'heure la danse et le sport. Là, on revient à cette approche que je trouve intéressante, et importante : j'aime l'idée de la frontière la plus poreuse possible entre la danse et le sport !

Précisément, l'invitation du breaking aux Jeux Olympiques doit vous faire plaisir !

C'est déjà une reconnaissance pour la danse hip-hop que d'être invité dans ce rendez-vous planétaire ! Je défends en outre l'idée que la danse hip-hop est tout autant le sport et l'art, contrairement à certains qui voudraient opposer les deux. Quand j'ai commencé à danser, l'ADN du hip-hop, c'était la compétition, deux danseurs qui se défient et que le meilleur gagne. Avec les années, la danse hip-hop a évolué, elle a rejoint les plateaux de scène, elle s'est hybridée, on la trouve aujourd'hui dans les plus grandes salles du monde… Mais il me semble juste de la partager tout autant à l'endroit du sport, de la démonstration, du spectaculaire, qu'à celui de la poésie, de l'écriture, du beau…

Au final, à balayer ainsi toute cette actualité, il apparaît clair que 2024 est une grande année pour vous, comme artiste autant que pionnier, qu'engagé pour le hip-hop !

Plus les années passent, plus je me prends conscience qu'il y a un grand intérêt pour mon travail, ma sensibilité, mon approche. On vient me chercher pour mon goût du partage avec le plus grand public, du participatif, mais aussi parce que j'ai à coeur de proposer des spectacles qui, je l'espère, révèlent une certaine exigence, du contenu, de l'originalité. Alors je suis évidemment très très heureux qu'on me sollicite à ces deux endroits : l'enjeu sociétal et l'enjeu artistique.  

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