“Raoul a une vie palpitante, une ligne de chance formidable”, explique Philippe Minyana, avant son spectacle à Nîmes

"Raoul a une vie palpitante, une ligne de chance formidable", explique Philippe Minyana, avant son spectacle à Nîmes

Raoul Fernandez, comédien et costumier. – Jean-Louis Fernandez

L'ATP de Nîmes présente Portrait de Raoul, de Philippe Minyana au théâtre Christian-Liger. 

Qui est Raoul Fernandez dont vous faites le portrait ? 

Raoul est un Salvadorien, qui est arrivé à Paris à 20 ans, pour apprendre l'histoire du costume et être costumier. A la fac, il a rencontré des gens importants, notamment Michelle Kokosowski qui s'occupait alors des artistes et qui lui a indiqué quelques personnes à rencontrer. 

Il a d'abord rencontré l'auteur dramatique argentin Copi, qui lui a fait comprendre qu'il était un peu femme. Il lui a mis une perruque et il a adoré ça. 

Ensuite, il a rencontré Rudolf Nureev, à l'Opéra de Paris, où il était costumier, puis le metteur en scène Stanislas Nordey, qui lui a proposé de jouer la comédie. C'est le moment où je l'ai rencontré, il y a 30 ans quand Nordey a monté Porcherie de Pasolini. Il jouait la mère et il avait des seins. 

Ensuite, il a rencontré Marcial di Fonzo Bo et il a travaillé sur un de mes textes, La Petite dans la forêt profonde, à la Comédie française avec Catherine Hiegel. Il a fait un peu l'acteur alors qu'il était engagé comme costumier. 

Un jour, il m'a dit "Mon Philippe, tu veux pas m'écrire un texte" et j'ai écrit Portrait de Raoul. 

Comment avez-vous travaillé ? 

Je l'ai interviewé. J'ai pris plein de notes, sur sa vie au Salvador, la relation à la mère, la mort du frère aimé… Il m'a raconté tout ça, j'ai écrit et je pensais que ce serait quelque chose d'accessoire. Et puis, ça a très bien marché, il l'a joué très souvent, il l'a créé à Caen, l'a joué à Paris, puis en tournée en Amérique latine dans une version espagnole. Et il continue. Marcial di Fonzo Bo m'a donc commandé deux autres textes, Portrait de Raoul II et III, que j'ai écrits. Le deuxième sera monté à Noël 2024 et le suivant pour la saison 2025-26.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans son parcours ? 

Raoul est un personnage extrêmement solaire, rieur, amical, affectueux. Il s'est fait une famille en France. Et puis, c'est un très bon costumier, donc il a travaillé avec beaucoup de metteurs en scène français et également à l'opéra. Une amitié s'est créée, une bande. Il est devenu une figure familière.

Quand il m'a raconté l'histoire de ses seins, j'étais complètement sidéré. Le deuxième volet parle énormément de cette opération. Il a voulu être une femme, c'était son rêve depuis l'enfance où il se mettait des chaussettes dans son tee-shirt pour avoir des seins. C'était irrépressible. A Paris, il a fréquenté des personnes qui lui ont donné des cachets. Il est allé dans une clinique des Champs-Elysées. Le chirurgien lui dit qu'il travaillait pour des femmes, mais il a tellement insisté qu'il l'a incisé, lui a posé de seins qu'il lui retirera quelques années plus tard. 

Il dit toujours qu'il est homme et femme. Maintenant, il a l'aspect d'un petit monsieur d'une soixantaine d'années, avec une perruque. C'est une épopée incroyable, ça valait le coup de raconter un destin pareil, ce gamin qui arrive du Salvador et se retrouve acteur aimé de tous. 

Ce questionnement du genre est très présent. Vous l'aviez en tête au moment de l'écriture ? 

Pas tellement, j'ai écrit le premier texte il y a quelques années.  A l'époque, il n'y avait pas encore ce mouvement et ces questions autour du genre. J'ai pensé tout simplement à Raoul, qui a une vie palpitante, une ligne de chance formidable. 

Sa langue maternelle est l'espagnol. En avez-vous tenu compte dans l'écriture ? 

J'ai continué mon travail personnel d'écrivain de théâtre, sans chercher à imiter. Raoul parle sept langues. Il parle très bien français, avec très peu d'accent. Je n'ai pas cherché à reproduire sa façon de parler. 

La langue m'intéresse depuis toujours, depuis que j'ai commencé à écrire. Le but est de reconstituer la langue orale, qui devient poème. Je l'ai raconté lui, mais avec mon style à moi. 

Vous cherchez la vérité ou la poésie ? 

Les deux, comme toujours. Quand on écrit un solo pour un acteur, obligatoirement, il y a des choses qui viennent de moi, des éléments que j'ai inventés. On ne peut pas que raconter la vie de quelqu'un, on est obligé de mentir, de faire du faux avec du vrai. Il y a des choses qui m'appartiennent, notamment tout ce qui tourne autour du théâtre, du grand acteur, la façon de jouer la comédie. 

Raoul a appris le français en lisant Molière. Il est arrivé à Paris en parlant comme chez Molière. Donc, dans le spectacle, je le fais jouer la première scène du Misanthrope. Il interprète Alceste et Philinte, c'est un grand clown et c'est absolument hilarant. 

Mardi 12 mars, 20 h. Théâtre Christian-Liger, centre Pablo-Neruda, place Hubert-Rouger, Nîmes. 20 €, 10 €. 04 66 67 63 03

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